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aux dieux du pays et n'adore que les nuées. Le bourgeois consent à tout , pourvu qu'on lui apprenne un moyen de ne pas payer ses dettes, à corrompre le bon droit et à emprunter sans rien rendre. Socrate lui enseigne force subtilités : le bonhomme s'en va fort content, et engage son fils Phidippide à prendre les mêmes leçons, et à se former spus un maître aussi habile que Socrate, qui en dernier lieu, pendant qu'on le regardait tracer des figures sur la poussiere avec un compas, escamota fort adroitement le manteau d'un des spectateurs. Voila Socrate

pour le moins aussi habile que nos sorciers de la Foire; car un manteau est plus difficile à escamoter qu'un jeu de cartes. Strepsiade présente son fils au philosophe , et le supplie de lui faire connaître les deux grands points de sa doctrine, le jušte er l'injuste. « N'oubliez pas surtout de l'armer » de pied en cap contre le juste. Je vais, reprend » Socrate , le donner à instruire à tous les deux, 31 En effet, le juste et l'injuste paraissent personnifiés. La dispute s'établir entr'eux, et l'injuste la termine ainsi : « Veux-tu que je te fasse voir clai» rement qui de nous deux doit céder à l'autre

Dis-moi ùn peu : Quelles gens sont-ce que » nos orateurs ? --Des scélérats, D'accord. Et 12 nos faiseurs de tragédies ? Des scélérats i

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» Fort bien. Et nos magistrats ? — Des scélérats.

On ne peut pas mieux. Compte à présent les

spectateurs. Quel est le plus grand nombre ? » Sont-ce les gens de bien? Examine. — Les scélé» rats l'emportent , je l'avoue. — Eh bien! qu’as-tu » à dire à présent? Que j'ai perdu. Messieurs, » prenez mon manteau; je vais passer de votre » côté : vous êtes les plus forts. » ¿ Phidippide profite si bien des leçons de la philosophie et de la connaissance du juste et de l'injuste, qu'il bat ses créanciers qui viennent lui demander de l'argent, et finit par battre son pere, et lui prouver philosophiquement qu'il a le droit de le battre. Des philosophes de nos jours ont prouvé bien pis ; mais jamais on n'a ouï dire que ce fût là la philosophie de Socrate.

On ne saurait lire avec quelqu'attention les ouvrages d'Aristophane , sans se demander à soimême, premiérement, quels motifs ont pu autoriser , pendant un certain tems, un genre de spectacle qu'on ne retrouve chez aucune autre nation, et qui même. finit par

être entiérement aboli dans Athenes; ensuite, comment ce peuple, si sévere sur l'article de la religion, pouvait permettre que ses dieux fussent tournés en ridicule sur le théâtre ; enfin, comment un peuple si poli

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pouvait s'accommoder des saletés grossieres que
l'on proférait devant lui. Je vais tâcher de rendre
compte de toutes ces questions, non par une dis-
sertation en forme, mais en m'arrêrant simple-
ment à ce qui peut fournir une solution probable,
claire et précise.
On
peut

d'abord poser en principe que le spectacle dramatique doit, par sa nature même,

dépendre beaucoup du gouvernement, du caractere er des mœurs des différens peuples. Il doit donc varier, à un certain point, suivant les divers

pays où il s'établit, et suivant les diverses époques chez une même nation : c'est ce qui arriva chez les Athéniens. Echappés à la tyrannie après l'expulsion des Pysistratides ,

ils
passerent

à l'extrême liberté et à tous les abus de la démocratie. Ces abus furent balancés par l'esprit patriotiqué qui aninia toute la Grece au moment des invasions de Darius et de Xerxes. Mais comme le danger menaçant avait fait naître les grandes vertus et produit les grands efforts, la victoire et la prospérité amenerent à leur suire l'orgueil et la corruption. Le peuple d'Athenes fur enivré tout à la fois de son pouvoir et de sa fortune. Chez lui il était maître du gouvernement, et au dehors il donnait la loi aux peuples de la Grece. Les grandshommes dont cette puissance écait l'ouvrage

éprouverent tous cette ingratitude que l'on couvrait du prétexte de la liberté, mais qui n'avait d'autre cause que la jalousie naturelle aux républicains , qui commencent à craindre leurs défenseurs quand ils ne craignent plus d'ennemis. Enfin, Athenes était la république la plus puissante, la plus riche, la plus vaine et la plus corrompue de toute la Grece, au tems de Périclès, qui fur celui d'Aristophane. Périclès lui-même, qui d'ailleurs mérita si bien de sa patrie, et dont le plus grand talent fur de bien connaître à quel peuple il avait affaire, sentit la nécessité de le flatter pour conserver le pouvoir de lui faire du bien, et s'attira le reproche d'avoir augmenté encore l'esprit démocratique, qu'il eût été à souhaiter que l'on pût restreindre. Il n'osa pas s'opposer à la licence d’Aristophane, parce qu'il sentir qu'elle plaisait à la inultitude , qui semblait regarder cette espece de censure publique comme un des priviléges de la liberté. Ce mot seul est si imposant et si spécieux, qu'aujourd'hui même bien des gens, tout en condamnant Aristophane, pensent qu'un poéte comique de cette trempe pou vait être fort utile dans une république. Oui, sans doute, s'il était possible de s'assurer qu'un homme chargé de faire sur le théâtre les fonctions de censeur, fûr l'organe incorruptible de la justice et de la vérité. Mais avec un peu de réflexion, comment

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ne voit-on pas que celui même qui serait digne qu'on lui confiât un și dangereux ministere, commencerait

par

le refuser, fondé sur ce principe incontestable, que toute accusation qu'il est permis d'intenter, sans ayoir besoin de preuve et sans craindre une réponse, est par cela même une lâcheté et une calomnie? Je consens que, république, il soit permis à tout citoyen d'en accuser un autre; oui, mais légalement, mais dans les tribunaux ,, mais de maniere que l'accusé puisse se défendre. Et quelle réponse à la diffamation, aux injures, aux railleries, aux insinuations malignes et perfides qu'on peut accumuler dans une satyre dramatique. Quand on parle tout seul aux hommes rassemblés, et qu'on ne veut que les amuser aux dépens d'un particulier qu'on leur immole, a-t-on besoin de dire la vérité pour le rendre odieux ou ridicule ? Et n'est-ce pas là au contraire que

le mensonge trouve tout naturellement sa place? Ce principe, évident

par

lui-même, n'est-il firmé par

les faits ? La plupart de ceux qu'Aristophane déchirait avec tant de fureur, n'étaienda ils

pas en tout genre les hommes les plus estimables de leur tems? Ecoutons, sur ce point, Cicéron, qui ne peut être suspect , et qui était aussi bon républicain qu'un autre. Comment parlet-il de l'ancienne comédie des Grecs, de celle

pas con

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