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réflexions qui lui sont personnelles, des recours sur lui-même : rien n'est plus naturel dans le judiciaire , rien n'est plus délicat dans la délibération. Communément ces retours sur soi-même sont susceptibles de quelqu'apparence d'amour-propre ; et à moins que l'apologiê ne les rende nécessaires (car l'on pardonne tout à celui qui est obligé de se justifier), il ne faut guere se permettre cette éspece d’exorde personnel : il vaut mieux employer des exordes généraux, qui présentent quelques vérités applicables au fait dont il s'agit. L'avantage de ces exordes est de vous assurer une prévention avantageuse dans l'esprit des áuditeurs, qui s'aperçoivent que vous êtes capable d'embrasser ces vérités universelles, cès principes lumineux aux ? Quels tous les cas particuliers viennent se rejoindre. Généralement en toute matiere à délibérer, on ne peut trop se hâter d'en venir à la question : ainsi deux ou trois phrases d’exorde suffisent ordinaifement.

Les questions sont générales ou particulieres : si elles sont générales, c'est le cas où la logique doit triompher; si elles sont particulieres, s'il s'agit de tel ou tel individu, c'est là où la louange ou le blâme, tout ce que les Anciens appelaient les ressorts du genre démonstratif, doit se déployer. Voyez

Cicéron contre Pison , Vatinius ; Démosthene contre Eschine, etc.

A l'égard de la péroraison ou récapitulation, élle ne peut guere s'appliquer avec quelqu'étendue qu'aux discours médités; mais elle est toujours nécessaire, parce qu'il importe de laisser dans l'ame de ses auditeurs une idée nette et une impression profonde de ce qu'on a voulu persuader,

La récapitulation doit surtout représenter, avec la plus grande force possible, les différens endroits touchés dans le discours, qui ont dû produire le plus d'effet. Il faut leur donner une forme nouvelle

pour caractériser avec plus d'énergie ce que l'on n'avait fait que présenter.

Presque toujours les dernieres phrases sont les plus décisives, quand elles sont bien adaptées à la question.

Les premieres notions générales sont dans les arts ce qu'il y a de plus abstrait, et par conséquent ne peuvent être exemptes

d'un
peu

de sécheresse. C'est lorsque l'on vient de la théorie des préceptes à l'application des exemples, que les arts et l'enseignement des arts peuvent atteindre tout l'intérêt qu'ils comportent; c'est alors qu'on en aperçoit toute l'étendue, surtout dans les

dans les ouvrages des classiques anciens ou modernes. Vous trouverez sans

doute bon que, dans les séances subsequentes , j'applique de tems en tems à chacun des principes sur lesquels je reviendrai, quelques-uns des morceaux les plus frappans d'éloquence grecque ou latine , que je mettrai sous vos yeux.

CHAPITRE I I I.

Explication des différens moyens de l'art

oratoire, considérés particuliérement dans Demosthene.

SE C TI O N P R E MI E RE.

Des orateurs qui ont précédé Démosthene , et du

caractere de son éloquence.

Un trait remarquable dans l'histoire de l'esprit humain, c’est que ce sont deux républiques qui ont laissé au Monde entier les modeles éternels de la poésie et de l'éloquence. C'est du sein de la liberté que se sont répandues deux fois sur la Terre les lumieres du bon goût, qui éclairent encore les nations policées de nos jours. On a très-improprement appelé siecle d'Alexandre , celui qui a commencé à Périclès et fini sous ce fameux conquérant dont les triomphes en Asie n'eurent assurément aucune part à la gloire littéraire des Grecs, qui expira précisément à cette époque avec leur liberté. De tous ces grands Empires qui avaient

au

précédé le sien, il n'est resté que le souvenir d'une puissance renversée; mais les arts de l'imagination, le goût, le génie, ont été du moins le noble héritage que l'ancienne liberté nous a transmis, et que nous avons recueilli dans les débris de Rome et d'Athenes.

Ces arts si brillans, portés à un si haut point de perfection, eurent, comme toutes les choses humaines, de faibles commencemens. Ce qui nous reste d’Antiphon, d’Andocide, de Lycurgue le rhéteur, d'Hérode , de Lesbonax, ne s'éleve

pas dessus de la médiocrité. Périclès, Lysias, Isocrate, Hypéride, Isée , Eschine , paraissent avoir été les premiers dans le second rang, car Démosthene est seul dans le sien. On remarque dans ce qui nous reste d’Isocrate, une diction ornée, élégante, de la douceur , de la grâce , sạrtout une harmonie soignée avec un scrupule qui est peut-être porté trop loin. Sa timidité naturelle et la faiblesse de son organe l'éloignerent du barreau et de la tribune; mais il se procura une autre espece d'illustration, en ouyrant une école d'éloquence, qui fut pendant plus de soixante ans la plus célebre de toute la Grece, et rendit de grands services à l'art oratoire, comme l'atteste Cicéron dans son jugement sur les orateurs grecs. Je ne puis mieux faire que de rapporter ce précis fait par un juge si distingué,

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