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des hommes, et non pas pour des écoliers, est en partie un traité de morale.

L'ironie, l’ellipse, l'hyperbole, sont si connues, que leurs noms mêmes, quoique grecs et didactiques, sont de la langue habituelle. L'ironie équivaut à une autre figure appelée antiphrase ou contre-vérité ; car elle a toujours pour but de faire entendre le contraire de ce qu'elle dit. Elle peut, selon les occasions, appartenir également à la gaieté, au courroux, au mépris; ces deux derniers peuvent donc l'introduire dans le style noble et dans les sujets les plus hauts, mais rarement ; car il ne faut pas laisser le tems de sentir qu'elle est voisine de la plaisanterie. L'ironie est quelquefois la derniere ressource de l'indignation et du désespoir quand l'expression sérieuse leur paraît trop faible, à peu près comme dans ces grandes douleurs qui égarent un moment la raison, un rire effrayant prend la place des larmes qui ne peuvent pas couler. Tel est cet endroit admirable du rôle d'Oreste dans Andromaque, lorsqu'après avoir tué Pyrrhus pour plaire à Hermione , il apprend qu'elle n'a pu lui survivre, et qu'elle vient de se donner la mort.

Grace au ciel, mon malheur passe mon espérance!

Oui, je te loue, ô ciel! de ta persévérance, etc. Il finit par ce vers si terrible :

Eh bien ! je suis content, et mon sort est rempli.

Ce mot, je suis content, dans la situation d'O-
reste , est le sublime de la rage, et ceux qui se
rappellent d'avoir entendu prononcer ce vers à
l'inimitable Lekain, avec des levres tremblantes,
les dents serrées et un sourire infernal, peuvent
avoir une idée de ce que

c'est
que

la tragédie quand l'ame de l'acteur peut sentir comme celle

du poëte.

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L'ellipse ou omission, qui consiste à supprimer un ou plusieurs mots pour ajouter à la précision sans rien ôter à la clarté, est une des figures les plus communes du langage ordinaire. La plupart des ellipses de ce genre sont ce qu'on appelle des phrases faites ; mais celles qu'invente le génie du style, , pour avoir une marche plus rapide et une impulsion plus forte , doivent être moins fréquentes dans l'éloquence que dans la poésie. On sait que cette derniere a obtenu plus de liberté, précisément parce qu'elle a plus d'entraves; et d'ailleurs, il convient qu'en général le poëte ose plus que l'orateur. Au reste, les ellipses oratoires et poétiques sont plus difficiles dans notre langue que dans celle des Anciens , parce que ses procédés sont plus méthodiques , et qu'elle est, par sa nature, forcée pour

ainsi dire à la clarté. On peut encore remarquer que le style des historiens est plus favorable à la concision elliptique que celui

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des orateurs : les premiers donnent plus à la réflexion, et les autres attendent plus de l'effet du

moment.

qu'il

Les auteurs latins qui ont le plus d'ellipses, sont Salluste et Tacite. Leur diction serrée, et faut souvent suppléer, est toute différente de celle de Cicéron, et devait l'être. Celui qui voulait émouvoir, ne devait pas négliger l'harmonie , qui naît de l'arrondissement et des cadences nombreuses, l'un des ressorts avec lesquels on meut les multitudes assemblées ; mais les deux historiens voulaient surtout faire penser, et la concision avertit d'être attentif,

L'hyperbole n'est pas moins du langage familier que l’ellipse ; mais comme on est accoutumé à la réduire à sa juste valeur, l'abus qu'on en fait tous les jours, n'empêche pas qu'elle ne puisse entrer heureusement dans le style noble, et surtout dans les sujets où notre esprit est monté au grand, comme dans l'ode et l'épopée. Alors, comme il est naturel à l'imagination une fois émue, d'agrandir jusqu'à un certain point les objets, on peut en ce genre la servir à son gré, mais il ne faut lui montrer que ce qu'elle peut naturellement se figurer; car outrer l'hyperbole, c'est exagérer l'exagération. On admire avec raison ces beaux vers

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qui terminent le second chant de la Henriade et le tableau de la Saint-Barthelemy:

Er des fleuves français les eaux ensanglantées Ne portaient que des morts aux mers épouvancées. On sait bien qu'il y a quelque chose au-delà de l'exacte vérité; mais ici la vérité est en elle-même si terrible , qu'on n'aperçoit pas ce que le počte y. ajoute. Au contraire, lorsque Théophile, retiré dans le midi de la France, dit au roi Louis XIII:

On m'a mis, loin de votre empire,
Dans un désert où les

serpens
Boivent les pleurs que je répands,

Et soufflent l'air que je respire. On sent que l'hyperbole est un peu forte, même quand il aurait été dans les déserts de l'Afrique.

Une figure toute opposée à celle-ci, et dont le nom grec est trop scientifique et trop peu connu pour être cité ici (1), est celle qu'on peut appeler en français la diminution' : c'est l'art de paraître affaiblir par l'expression ce qu'on veut laisser enrendre dans toute sa force. C'est avec cette adresse que s'exprime Iphigénie lorsqu'elle dit à son pere, après avoir paru résignée à lui obéir : Si

pourtant ce respect, si cette obéissance
Paraît digne à vos yeux d'une autre récompense,

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(1) La litote.

Si d'une mere en pleurs vous plaignez les ennuis,
J'ose dire, Seigneur, qu'en l'état où je suis,
Peut-être assez d'honneurs environnaient ma vie
Pour ne pas souhaiter qu'elle me fût ravie.

Ne

pas souhaiter ! L'expression est bien faible; mais comme cette retenue même, après ces protestations d'obéissance, en laisse entendre au cœur d'un pere plus qu'elle n'en dit ! De même lorsque Chimene toute en larmes, dit à Rodrigue:

Va, je ne te hais point.

croit-on qu'elle se contente de ne le pas

haïr? Cet artifice de diction bien ménagé, produit le même effet qu'une femme modeste et sensible qui baisse les yeux quand elle craint l'expression de ses regards.

Outre les figures de mots, destinées à orner le style, la rhétorique distingue aussi des figures de pensées, qui ne sont que certaines formes

que

la passion ou l'artifice oratoire donne à la cons-truction du discours. La plupart ne prouvent que l'envie qu'ont eue les rhéteurs de donner de grands noms aux procédés les plus simples de l'élocution; et quand elles sont expliquées, on est tenté de dire: Quoi ! ce n'est que cela ? Il en est pourtant quelques-unes qui sont vraiment d'un grand effet, et appartiennent à la véritable éloquence. Telle est

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