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» il arrive quelquefois dans ces belles péroraisons

qui toucheraient les caurs les plus insensibles, » l'arrêt n'est-il pas déjà prononcé ? Que l'orateur » tourne donc tous ses efforts de ce côté, et qu'il » s'attache particuliérement à cette partie de l'art » sans laquelle tout le reste est faible et stérile : le

pathétique est l'ame du plaidoyer. »

Les extrêmes se touchent, et Quintilien passe tout de suite à un moyen tout opposé, le rire er la plaisanterie. Il sent combien ce ressort est délicar à manier : il y faut la plus grande finesse de tact et la connaissance la plus juste de l'à-propos ; il semble même que ce moyen soit en quelque sorte étranger à l'éloquence. Mais l'expérience prouve tout ce qu'il peut produire, et souvent une plaisanterie bien placée a fait tomber le plus grand appareil oratoire. « On a remarqué, dit-il, » que cette espece de talent a manqué à Démos» thene , et que Cicéron en a abusé.» Quintilien, tout admirateur qu'il est de ce grand-homme, avoue qu'il a trop aimé la raillerie , au barreau comme dans la conversation ; mais il soutient

que la plaisanterie de Cicéron est toujours celle des honnêtes gens et des gens de goût, qu'il avait soin de ne la placer ordinairement que dans l'interrogation des témoins, et dans cette partie de la plaidoierie

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qu'on appelait altercation, c'est-à-dire, lorsque les deux avocats dialoguaient contradictoirement. Si l'on veut d'ailleurs s'assurer de la mesure parfaite qu'il savait garder lorsqu'il le fallait, il n'y a qu'à lire l'oraison pour Muréna, où il plaidait contre Caton. Il fallait affaiblir l'autorité de ce redoutable censeur sans blesser la vénération qu'il inspirait; il devait de plus garder lui – même la dignité de sa place , puisqu'alors il était consul. Il prit le parti de jeter sur le rigorisme des principes stoïques de Caton, une teinte de ridicule si légere et si douce, qu'il fit rire les auditeurs et les juges, sans que Caton fût en droit de se fâcher.

Il avait d'ailleurs des reparties qui portaient coup, celle , par exemple, qu'il fit à Hortensius , qui, plaidant pour Verrès, dit à

propos

d'une question que Cicéron faisait à un témoin : Je n'entends

pas les énigmes. Je m'en étonne , répliqua Cicéron, vous avez chez vous le sphinx. Remarquez qu'Hortensius avait reçu de Verrès un sphinx d'airain, estimé comme un morceau précieux. La réplique, comme on voit, n'était pas un

un simple jeu de mots. Je dirai encore en passant, que ce mot sur une femme qui prétendait n'avoir que trente ans, je le crois; car il y en a vingt que je le lui entends dire; ce mot qu'on a cité cent fois comme moderne, est de Cicéron.

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plaît par

Quintilien a classé et examiné les trois genres du discours oratoire : or, tour discours est composé de deux choses, les pensées et les mots. Les pensées dépendent de l'invention et de la disposition des parties, et il en a traité en parlant de tous les moyens que peut employer l'orateur , et de la maniere dont il doit les distribuer. Les mots dépendent de l'élocution , et c'est ce dont il lui reste à s'occuper ; car l'orateur a trois devoirs à remplir, d'instruire , de toucher, de plaire. Il instruit par le raisonnement ; il touche

par le pathétique ; il l'élocution : « c'est, continue Quintilien, » de ces trois choses la plus difficile, au jugement » même des orateurs. En effet, Antoine , l'aïeul » du triumvir, disait qu'il avait vu bien des gens

diserts et pas un homme éloquent. Il appelait » disert celui qui disait sur un sujet ce qu'il fallair -» dire : il entendait par éloquent celui qui disait » comme il fallait dire. Depuis lui , Cicéron nous » a dit aussi que savoir inventer et disposer est » d'un homme de sens, mais que savoir exprimer » est d'un orateur. En conséquence il s'est particu» liérement étudié à bien enseigner cette partie de '» la rhétorique. Le mot même d'éloquence fait » assez voir qu'il a raison; car être éloquent, à » proprement parler , n'est autre chose que de

pouvoir produire au dehors toutes ses pensées,

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» toutes ses conceptions, tous ses sentimens et les

communiquer aux autres; et sans cette faculté, » tout ce que nous avons enseigné jusqu'ici devient » inutile. Or, si l'expression ne donne pas à la

pensée toute la force dont elle est susceptible, » vous n'aurez rien fait qu'à demi. Voilà donc sur» tout ce qu'il faut apprendre, er à quoi l'art est » absolument nécessaire, voilà quel doit être l'objet » de nos soins, de nos exercices, de notre imita

tion; voilà l'étude de toute la vie, voilà ce qui ” fait qu’un orateur l’emporte sur un autre orateur, » et qu'un style est plus parfait qu'un autre; car » les écrivains asiatiques et ceux des Romains dont » le goût est corrompu , n'ont pas toujours péché » dans l'invention ou la disposition, mais les uns, » trop enflés, ont manqué de mesure dans la dic

tion, et les autres, ou secs ou affectés, ont manqué de force dans le style.

Qu'on n'aille pas en conclure néanmoins qu'il » ne faut s'occuper que des mots. Je me hâte d'aller » au devant de cet abus que quelques personnes

pourraient faire de ce que je viens de dire. Il faut » les arrêter tout court , et me déclarer d'abord -» contre ces gens qui se consument vainement à • » agencer des paroles sans se mettre en peine des » choses, qui sont pourtant les nerfs du discours. » Ils cherchent l'élégance, qui est charmante en

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» elle - même il est vrai, mais quand elle est » naturelle, et non pas quand elle est affectée. »

Quintilien se sert ici d'une comparaison dont la justesse est frappante, et très - propre à faire comprendre comment une qualité nécessaire pour faire valoir toutes les autres , ne produit pourtant rien par elle-même si elle est seule, . Ne

voyons» nous pas que ces corps

robustes

que

l'exercice a fortifiés, et qui ont un air de santé, tirent leur » beauté des mêmes choses qui font leur force ? » Tous leurs membres sont bien attachés, bien

proportionnés ; ils n'ont ni trop ni trop peu d'embonpoint: leur chair est à la fois ferme et ver

meille ; mais qu'ils se montrent à nous, peints de » vermillon et couverts de fard, ils perdront à nos » yeux toute la beauté que leur force leur donnait. » Je veux donc l'on

pense aux mots,

mais

que » l'on soit encore plus occupé des choses ; car » d'ordinaire les meilleures expressions tiennent à » la pensée même, mais par malheur nous les » cherchons, nous les poursuivons comme si elles „ voulaient se dérober à nous. Nous ne croyons

jamais que ce qu'il faut dire soit si près , et » comme à notre portée ; nous voulons le faire » venir de loin, nous faisons violence à notre génie. » C'est cette recherche qui nuit au discours ; car » les termes qui plaisent le plus aux esprits sensés,

que

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