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» les lieux et les personnes. Il est alors si iinpor» tant d'être entendu, que la prononciation même >> doit être soignée de maniere à ne rien faire perdre » à l'oreille du juge. Enfin elle sera probable si » vous assignez à chaque chose des motifs plau» sibles et des circonstances naturelles, »

Il reproche aux avocats de son tems, de ne pas sentir assez cette nécessité de ne rien laisser perdre de la narration. Jaloux des applaudissemens d'une se multitude assemblée au hasard ou quelquefois ► même gagée, ils ne peuvent se contenter du » silence de l'attention. Ils semblent ne se croire

éloquens que par le bruit qu'ils font ou qu'ils » excitent. Bien expliquer un fait comme il est , w leur paraît trop commun et trop au dessous d'eux. >> Mais n'est-ce pas plutôt faute de le pouvoir que » de le vouloir ? car l'expérience apprend que rien » n'est si difficile que de dire ce qu'après nous » avoir entendus, chacun croit qu'il eût dit aussi bien

que nous. Ce qui produit cet effet sur l'au» diteur , ne lui paraît pas beau, mais vrai. Or, » l'orateur ne parle jamais mieux que lorsqu'il

semble dire vrai, puisque son seul but est de persuader. Nos avocats, au contraire, regardent

l'exposition comme un champ ouvert à leur élo» quence : c'est là qu'ils veulent briller ; c'est là » que le style , le ton, les

gestes,

les mouvemens

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» du corps, tout est également outré. Qu'arrive» t-il ? C'est qu'on applaudit à l'action de l'avocat, » et qu'on n'entend pas la cause. » Il ajoute que rien ne demande un

un plus grand art que

la narration judiciaire. « Il est bon qu'elle soit ornée, afin que le récit trop nu ne devienne

pas » insipide et ennuyeux ; mais cet ornement doir » consister surtout dans le choix des termes, dans » une élégance sans apprêt, dans l'agrément et la » variété des tournures. C'est un chemin qu'il faut » rendre agréable pour l’abréger, mais où rien ne » doit détourner du but. Comme la narration ne » comporte pas les autres beautés de l'art oratoire,

il faut qu'elle en ait une qui lui soit proprer C'est » dans ce moment que le juge est plus attentif; et » que rien n'est perdu pour lui. De plus, je ne sais » comment il se fait qu'on croit avec plus de faci» lité ce qu'on a entendu avec plaisir, s

Il cite pour modele le récit du meurtre de Clodius, dans le plaidoyer pour Milon ; et c'est en effet dans ce genre ce que l'antiquité nous a laissé de plus parfait.

Dans la confirmation ou l'exposé des preuves, la division des points principaux lui paraît essentielle. « Elle est fondée, dit-il, sur la nature même,

qui veut qu'on procede d'une chose à une autre; » elle aide beaucoup à la mémoire de celui qui

» parle, et soutient l'attention de ceux qui écou» tent, » Mais en même tems il blâme l'abus des subdivisions multipliées, « qui deviennent subtiles » et minutieuses, ôtent au discours toute sa gra» vité, le hachent plutôt qu'elles ne le partagent, » coupent ce qui doit être réuni, et produisent » la confusion et l'obscurité, précisément par

le » moyen inventé pour les prévenir. »

Tous ces préceptes, comme on voit, sont applicables pour nous de plus d'une manière, et, par exemple, la manie de subdiviser est un des vices de la prédication; il est quelquefois fatigant dans Bourdaloue. Quand à ce grand précepte de l'ordre et de la méthode, il n'y en a point de plus fécond ni de plus essentiel dans presque tous les genres de composition, mais surtout dans ce qui regarde l'enseignement, il faut

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avoir réfléchi, il faut même avoir mis la main à l'auvre, pour sentir toute la difficulté et tous les avantages d'une bonne méthode et d'une disposition lumineuse. C'est une des parties de l'art, dont le ressort est caché, et dont on ne voit que l'effet , sans savoir ce qu'il a coûté. Rien n'est plus nécessaire pour attacher le lecteur ou l'auditeur, que de lui montrer toujours un but, et de lui mettre dans les mains le fil qui doit le conduire; car l'esprit de l'homme est naturellement paresseux, et veut toujours être mené :

où l'on passerà,

s de l'avoir DE LIT TÉ Ř A TU R E. 287 est naturellement curieux, et a toujours besoin d'attendre quelque chose ; c'est le secret de la méthode , et ce qui en fait le prix. C'est aussi par cette raison que pour enseigner bien moins qu'on ne sait, il faut savoir beaucoup, et qu'on ne peut transmettre aux autres une partie de ses connaissances, sans les avoir long - tems et mûrement digérées. Avant d'introduire les autres dans une longue carriere, il ne suffit

pas il faut pouvoir l'embrasser toute 'entiere d'un

coupd'ail, savoir tous les chemins

par dans quels endroits et combien de tems on veut s'arrêter , tout ce qu'on doit rencontrer sur son passage; et comment pourra-t-on suivre un guide avec confiance et avec plaisir , si lui-même a l'air de marcher au hasard et de ne savoir où il va? Quoi de plus fatigant qu’un écrivain qui veut vous communiquer des idées dont lui – même ne s'est

compte, qui loin de vous épargner de la peine ne vous montre que la sienne, veut répandre la lumiere dans les esprits quand le sien est couvert de nuages, et loin de vous apporter le fruit et le résultat de ses pensées, vous associer au travail de ses conceptions ?

La confirmation et la réfutation nous conduisent aux preuves : les unes dépendent de l'avocat , les

pas rendu

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autres n'en dépendent pas. Les dernieres sont les témoins, les écritures, les sermens ; les autres sont les argumens et les exemples. Les argumens se divisent en propositions générales et particulieres, et il s'ensuit qu'un orateur doit être bon logicien. Mait tout ce détail n'est pas de notre sujet, et Quintilien lui-même, après l'avoir traité à fond, avertit qu'il faut posséder la dialectique en philosophe et l'employer en orateur.

La péroraison que les Grecs appelaient récapitulation, avantPane.was, est la partie du discours où l'on rassemble toutes ses forces

pour porter le dernier coup. C'est le triomphe. de l'éloquence judiciaire, surtout chez les Anciens, dont les tribunaux, entourés d'une foule innombrable de

peuple, ou même la tribune aux harangues quand c'était lui qui jugeait , offraient un vaste théâtre à l'action oratoire. Là se développaient toutes les ressources du pathétique. Mais Quintilien avertit de ne pas s'y arrêter trop long-tems ; il rappelle

un mot d'un Ancien déjà cité par Cicéron : Rien -- ne se seche si víte que les larmes, Nil citiùs arescit

lacrimâ. « Le tems calme bientôt les douleurs » même réelles : combien doivent se dissiper plus » facilement les impressions illusoires, qui n'agis» sent que sur l'imagination ! Que la plainte ne

» soit

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