Imagens da página
PDF
ePub

développées. Mais il y en a une sur la mémoire, qui est d'une telle importance , que je ne puis m'empêcher de m'y arrêter. Ce

que dit Quintilien de celle des enfans, est encore plus vrai de celle des jeunes gens, et par malheur nous savons trop tard quel trésor nous avons alors à notre disposition, et combien il importe de s'en servir dans le tems. Soyons bien assurés que dans tout ce qui regarde la mémoire et l'intelligence, il n'y a rien dont on ne soit capable depuis dix ans jusqu'à trente : c'est alors qu'on peut tout apprendre et tout retenir. Les organes encore neufs ont tant d'aptitude et d'énergie ! la tête est si saine et le corps si robuste! toutes les idées sont si fraîches ! toutes les perceptions si vives ! toutes les images si présentes ! et c'est pour cela peut-être que le tems à cet âge paraît si long ; c'est que tout fait trace dans notre esprit , et que le passé nous est toujours présent. Cette foule de sensations qui ont marqué tous les instans de la durée, nous a laissé comme une longue histoire qui nous semble ne devoir pas avoir de fin. Mais à mesure que nos organes s'alterent,

la multiplicité des objets commence à y mettre de la confusion ; l'attention soutenue, le long travail, nous deviennent plus difficiles ; les distractions sont plus fréquentes et les délassemens

plus nécessaires. S'il était permis raisonnablement, de se plaindre d'un ordre de choses qui sans doute, de quelque maniere qu'on l'envisage , n'a pu

être que ce qu'il est, on serait tenté de murmurer contre la nature , qui d'ordinaire augmente en nous le desir d'apprendre et de connaître, lorsque nous en avons moins de moyens. Il semble que dans la jeunesse elle nous aveugle sur nos propres facultés, et permette aux passions de nous en dérober le regret. Ce n'est pas que dans la maturité l'esprit n'ait toute sa force pour produire ; mais il en a bien moins pour apprendre. L'homme né avec la plus heureuse mémoire , s'étonne, à quarante ans, d'être obligé de lire deux et trois fois ce qu'à vingt une seule lecture rapide aurait gravé dans son souvenir. Cette altération des facultés intellectuelles nous est d'autant plus sensible, que celle à laquelle on s'attend le moins. Tour nous avertit de bonne heure de la faiblesse de nos sens; mais on est long-tems accoutumé à faire à peu près ce qu'on veut de son esprit. Nous avons dans nous je ne sais quel sentiment qui nous porte à croire que les

organes de la pensée ne doivent souffrir aucun affaiblisement, et quand on vient à l'éprouver, on s'étonne, on s'indigne pour ainsi dire de sentir échapper une force qu'on avait crue

impérissable.

c'est

impérissable. Elle ne l'est pourtant pas, er ceux qui ont apporté en naissant ce goût des connaissances que souvent les séductions de la jeunesse font négliger, et qu’on remet à satisfaire dans un autre tems, ne sauraient trop se redire que c'est à la premiere moitié de notre vie qu'appartient particuliérement cet inappréciable don de la mémoire, et que c'est alors qu'il en faut faire

usage

si l'on ne veut passer l'autre moitié à le regretter. Quintilien '

examine une autre question qui revient encore tous les jours, et sur laquelle les avis sont partagés : Si l'éducation domestique est préferable à celle des écoles publiques. On trouve chez lui les mêmes objections et les mêmes réponses qu'on fait aujourd'hui. Il décide

pour

l'éducation des classes, et sa principale raison, qui paraît assez fondée, c'est qu'il faut de bonne heure accoutumer les jeunes gens à vivre en société. Ce motif, qui bien examiné peut s'appliquer à toutes sortes de personnes , est décisif surtout pour celui qui se dese tine au barreau. « Que celui, dit-il, qui doit vivre » au milieu de la multitude et dans le grand jour » d'un théâtre public, s'habitue de bonne heure à » ne pas craindre l'aspect des hommes; qu'on ne » le laisse point pâlir dans l'ombre de la solitude. » Il faut que son esprit s’anime et s'éleve, au lieu

Cours de littér. Tome II.

» que dans la retraite il contracte une sorte de

langueur, il se couvre d'une'espece de rouille,

ou bien il s'enfte d'une vaine confiance en lui» même ; car celui qui ne s'expose point à être comparé aux autres, juge toujours trop

favora»blement de lui ; ensuite quand il faut hasarder » en public le fruit de ses études, le grand jour le » blesse : tout est nouveau pour lui , parce qu'il a » eu le tort d'étudier seul avec lui-même ce qu'il » devait pratiquer aux yeux de tout le monde. »

A cette raison, qui est relative au disciple, Quintilien en ajoute une qui regarde le maître. Il pense que celui-ci fera toujours beaucoup mieux dans une école fréquentée, que dans une maison particuliere. « Un maître qui n'a qu'un enfant à instruire, » ne donnera jamais à ses paroles tout le poids, » tout le feu qu'elles auraient s'il était animé

paf is une foule d'auditeurs ; car la force de l'éloquence » réside principalement dans l'ame : il faut , pour » que notre ame soit puissamment affectée, qu'elle » se fasse de vives images des choses , et qu'elle » se transforme pour ainsi dire dans celles dont » nous avons à parler. Or, plus elle est par elle» même noble et élevée, et plus elle a besoin d'être » ébranlée par un grand spectacle. C'est alors que » la louange lui fait prendre un essor plus haut,

[ocr errors]
[ocr errors]

les gestes,

» que l'effort qu'elle fait lui donne un élan plus » vif, et qu'elle ne conçoit plus rien que de grand. » Au contraire, on sent je ne sais quel dedain » d'abaisser à un seul auditeur ce sublime talent de » la parole, qui caûre tant de soins et de travaux, » et de sortir pour lui seul des bornes du langage » ordinaire. Qu'on se représente en effet un homme

qui prononce un discours avec le ton, » les mouvemens, la chaleur, la fatigue d'un » orateur, et tout cela pour une personne qui » l'écoute : ne ressemblera-t-il pas à un insensé ? » Si l'on ne devait jamais parler qu'en particu» lier, il n'y aurait point d'éloquence parmi les » hommes. »

Ce qu'on vient de dire de celui qui parle, esc tout aussi vrai de celui qui écoute. Dans l'un et l'autre cas an est moins bien seul qu'en société; et cette abservation est ici, ce me semble, d'autant mieux placée, qu'elle peut servir de réponse à une objection que quelques personnes avaient d'abord faire contre cet établissement si honorable aux lectres, et à qui votre approbation, manifescée par des témoignages si flatteurs, promer cette stabilité qui seule peut le rendre national. On a die que tout ce qu'on entend dans ce lycée, pouvait se lire dans le cabiner avec tout autant de fruit.

ܐ Q

« AnteriorContinuar »