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Je vous aime. Elle ne tombera pas du ciel , dit-il; il faut la chercher. Ne voilà-t-il pas une belle découverte ? Viennent ensuite quantité de détails minutieux qu'il faut renvoyer au village des PetitsSoins , dans la carte de Tendre, et dont quelques-uns pourraient être agréables dans une piece badine , mais qui ne doivent pas être des leçons débitées d'un ton sérieux. L'auteur y joint cinq ou six épisodes, plus insipides, plus déplacés les uns que les autres. A

propos des spectacles, il raconte l'enlévement des Sabines : s'il veut prouver la disposition que les femmes ont à aimer, il choisit décemment la fable de Pasiphaé. En un mot, quoiqu'il y ait quelques détails ingénieux et quelques jolis vers, le tout ne présente qu’un ramage mesuré, et la facilité de dire des riens en vers faibles et négligés.

Quand vous avez trouvé la femme que vous voulez aimer, Ovide met en question, et trèssérieusement, si c'est un bon moyen pour devenir son amant, que

de

commencer par être celui de sa femme-de-chambre. Il examine le pour et le contre, pese les avantages et les inconvéniens, Et enfin il décide, pour rendre à chacun ce qui lui appartient, que la femme-de-chambre ne doit passer qu'après la maîtresse. On vient de voir que sur

NA

ce point il prêchait d'exemple. Encore une fois, tout cela poutrait faire le sujet d'une saillie poétique, d'un badinage ; mais rédiger de pareils préceptes, c'est se moquer du monde.

Le second chant est meilleur , quoiqu'il commence par un long épisode sur l'aventure de Dédale · et d'Icare, aussi maļ amené que ceux qui précedent. Il est ici question des moyens de plaire, et l'on peut penser qu'Ovide n'était pas ignorant en cette matiere, analogue d'ailleurs à la tournure de son esprit et à la nature même de son talent, où l'on remarque toujours , s'il est permis de le dire, une sorte de coquetterie. Il y a des endroits bien maniés, des observations que tout le monde a faites, il est vrai, mais exprimées d'une maniere piquante, et qui marquent beaucoup de connaissance des femmes; un épisode de Vénus surprise avec le dieu Mars, le seul qui aille bien au sujet ; mais malgré ces beautés de détail, le vice de ce sujet se fait toujours sentir.

Ovide apparemment a voulu obtenir grace auprès des femmes pour toutes ses infidélités ; car il emploie, à les instruire, le troisieme livre de son Art d'aimer. Il leur enseigne comment il faut s'y prendre pour plaire aux hommes, pour avoir des amans, pour les garder, quel parti il en faut tirer, à quel

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point il faut les tourmenter pour les attacher daVantage, combien elles doivent être en garde pour n'être pas trompées; enfin, il va jusqu'à leur

apprendre à duper les époux, les surveillans et même un peu leurs amans. Il s'est bien douté qu'il y aurait des gens assez méchans pour trouver ses leçons inutiles; aussi commence-t-il par poser en principe que les femmes trompent beaucoup moins que les hommes, et il ajoute qu'après nous avoir donné des armes contr'elles, il est juste de leur en donner contre nous. Il se fait donner cer ordre par Vénus elle-même, et il s'en acquitte parfaitement. Il descend jusqu'aux plus petites circonstances, dans tout ce qui peut avoir rapport à l'art de plaire. Il marque quelle couleur d'habit convient aux brunes et aux blondes; il épuise la science de la toilette; il prescrit la mesure du rire, selon qu'on a les dents plus ou moins belles : on ne peut pas être plus profond dans les bagatelles. Il ne néglige pourtant pas le solide, et s'occupe de leurs intérêts. « L'homme riche, dit-il, vous fera des présens; le

jurisconsulte dirigera vos affaires; l'avocat défen» dra vos cliens. Pour nous autres poëtes, il ne faut 5 nous demander

que

des vers. » Il ne manque pas cette occasion de faire le plus bel éloge des poëtes ses confreres, et surtout il affirme qu'il n'y a point

s'il nous

d'amans plus tendres, plus constans, plus fideles que ceux qui cultivent les Muses. Voilà trois belles qualités qu'il nous accorde, et l'on ne manquera pas de dire qu'en nous traitant si bien, il est un peu suspect dans sa propre cause

et que d'ailleurs son exemple affaiblit un peu son autorité. Je ne saurais en disconvenir; mais pourtant, donne trop, ce n'est pas une raison pour nous refuser tout. Voyons, sans trop de partialité, ce qui doit nous rester de ce qu'il nous attribue. Tendres : il a raison ; les gens à imagination sont plus passionnés que d'autres, et il entre beaucoup d'imagination dans l'amour: ceux qui en manquent doivent être des amans un peu insipides, et c'est pour cela qu'on a dit

que

les sots ne pouvaient pas aimer. Constans : c'est beaucoup; ici Ovide nous Hatté un peu. L'imagination est mobile; cependant il est possible que distraite de tems en tems par d'autres objets , elle revienne toujours à l'objet de préférence, et si les poëtes ne sont pas trèsconstans , ils peuvent bien ausși n'être pas plus inconstans que d'autres. Fideles : oh ! c'est ici la grande difficulté. La fidélité, c'est la perfection; et l'on sait qu'en approcher plus ou moins, c'est tout ce qui est donné à notre fragile nature. On lit, il est vrai, dans la liste des

personnages

d'un

opéra de Quinault, troupes d'amans fideles ; mais on sait aussi que cela ne se trouve par troupes qu'à l'opéra : c'est le pays des merveilles. Et puis, il faudrait s'entendre, et savoir à quel taux l'on met la fidélité, et combien de tems il faut aimer

pour être réputé en conscience amant fidele. Chacun làdessus fera sa mesure, parmi les hommes s'entend; car toutes les femmes n'auront qu'un cri, et diront : Toujours, sans se donner même le tems d'examiner si elles sont de force à soutenir leur dire, et si on ne les embarrasserait pas quelquefois en les prenant au mot. Toujours est le mot de l'amour et de l'illusion ; mais il ne faut pas

croire que ce soit celui du mensonge. C'est de très bonne foi qu'on le prononce quand on aime. Le propre de l'amour, et c'est là aussi un de ses grands charmes, c'est d'avoir toujours raison, même quand il n'a pas le sens commun, et d'être toujours vrai en ne débitant que des chimeres. Il est aussi impossible à celui qui aime bien, de ne pas croire qu'il aimera toujours, qu'il l'est à un homme de sang-froid de concevoir comment l'amour .peut durer toujours. L'essentiel n'est donc

pas ,

après tout, même pour les femmes, d'être toujours aimées, mais de l'ètre bien parfaitement, de l'être de maniere à se persuader de part et d'autre que cela ne saurait finir; comme l'essentiel n'est

pas d'avoir

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