Imagens da página
PDF
ePub

aux Panathenées, aux fêtes de Minerve, qui se célebrent tous les cinq ans. Je sais qu'on y donne des spectacles qui attirent toute la Grece, des tra! gédies de Sophocle et d'Euripide, des comédies d'Aristophane et d’Eupolis. Je me promets un grand plaisir; car les Athéniens passent pour de fins connaisseurs, et leurs poëtes ont une réputation prodigieuse. J'arrive justement pour voir l'Iphigénie d'Euripide. Je pleure, je suis enchanté, et je dis : Que les Athéniens sont heureux d'avoir ce grandhomme ! On annonce ensuite une piece d’Aristophane, qu'on appelle Les Chevaliers , et je m'attends à bien rire. Je vois paraître deux esclaves, et j'entends dire : Ah! voilà Démosthene, voilà Nicias. — Que dites - vous donc ? ce sont deux esclaves, ils en ont l’habit , et Démosthene er Nicias sont deux de vos généraux, de braves gens dont j'ai beaucoup entendu parler. — Oui, mais voyez ces masques : c'est la figure de Nicias et de Demosthene. — Mais pourquoi ces figures de généraux d’armée avec ces habits d'esclaves? — C'est une allégorie. Vous allez voir. Ah! fort bien ; mais j'étais venu voir une comédie, et je ne croyais pas avoir à deviner des énigmes. La piece commence. Ecoutons. (Je traduis exactement, et non pas avec la réserve trompeuse de Brumoy, qui couvre une parție des turpitudes de son auteur.) « Démosthene.

[ocr errors][ocr errors]

» (ce n'est pas l'orateur.) Hélas! hélas ! malheureux » que nous sommes! que le ciel confonde ce misé» rable paphlagonien que notre maître a acheté

depuis peu, si mal à propos pour nous. (A ce » mot de paphlagonien, de grands éclats de rire.)

Depuis que ce fléau est dans la maison, nous » sommes battus tous les jours. Nicias. Ah! qu'il

périsse , le coquin de paphlagonien , avec ses men» songes. Dém. Pauvre cámarade ! comment te » trouves-tu? Nic. Fort mal, ainsi que toi. Dém. » Viens çà, chantons ensemble la complainte

d'Olympus. » (Tous deux se mettent à chanter sur un air connu, du musicien Olympus. « Hélas ! » hélas !.... mais pourquoi nous lamenter inutile» ment? Ne vaudrait-il

pas

mieux trouver quelque » moyen de salut? Nic. Eh! quel moyen, dis. Dém. » Dis toi-même, afin que je sorte d'embarras. » Nic. Non , par Apollon; mais parle le premier,

je te suivrai. Dém. Ne pourrais-tu pas trouver

quelque maniere de me dire ce que je veux dire ? » Nic. Je n'en ai

pas le courage. Voyons pourtant » si je ne pourrai pas te le dire adroitement et à

la maniere d'Euripide. Dém. Eh! laisse là Euri

pide et les marchandes d'herbes. » (Ici des risées : qui ne finissent pas. Pendant qu'on rit, je demande si cer Euripide dont on se moque, est l'auteur de la tragédie qui m'a fait verser tant de larmes, et

qu'on a cant applaudie. « Eh! oui. C'est lui-même. . » Il est fils d'une marchande d'herbes. » Je reste un peu étonné. Mais la piece continue. Il faut écouter.) Dém. Trouve plutôt un petit air, là, une chanson » de départ, afin de quitter notre maître. Nic. Dis » donc tour de suite , sans tant de façons : Fuyons. » Dém. Eh bien ! oui, je dis : Fuyons. Nic. Ajoute » maintenant une syllabe , et dis : Enfuyons-nous. » Dém. Enfuyons-nous. Nic. Fort bien ! » (Ici j'entends des paroles de la plus grossiere obscénité, de plats quolibets , dignes de la plus vile canaille , et que jamais je n'aurais cru qu'on prononçât devant une assemblée d'honnêtes gens, encore moins devant des femmes. Je me demande où est le bon goût des Athéniens , où est cet atticisme si vanté. Mais poursuivons.) « Nic. Ce

qu'il y a de mieux à faire actuellement, c'est » de nous retirer auprès de la statue de quelque » dieu. Dém. Quelle statue ? tu crois donc qu'il y a s des dieux ? Nic. Sans doute , je le crois. Dém. Et » par quelle raison ? Nic. Parce qu'ils me tour» mentent beaucoup plus qu'il ne faut. Dém. Je » suis de ton avis. » (Ici j'admire de quel ton les Athéniens souffrent qu'on parle des dieux sur le théâtre.) « Nic. Parlons d'autre chose. Dém. Oui, „ veux-tu que nous disions aux spectateurs ce qui s en est? Nic. C'est fort bien fait. Mais prions-les

[ocr errors]

x de nous faire connaître si ce que nous disons

leur fait plaisir, » (On bat des mains, et je suis surpris que

les
spectateurs

fasserit un rôle dans la piece. ) ... Dém. Je vais leur dire le fait. Nous » avons pour maître un vieillard fâcheux, colere,

mangeur de féves, sujet à l'humeur ; c'est le peuple Pnycéen, qui aime tant le barreau, et qui est un peu sourd. Aux dernieres kalendes, il a acheté un esclave, un corroyeur paphla

gonien, un fourbe, in calomniateur fieffé. Ce ». corroyeur, connaissant l'humeur du bonhomme, » s'est emparé de son esprit en le flattant, en le » caressant, en le choyant, en le trompant. Peuple, » lui dit-il, allez au bain quand vous aurez jugé; » prenez ce gâteau, mangez, déjeûnez, recevez » vos trois oboles : voulez-vous que je vous serve » quelque chose à manger? Ensuite il prend ce que » chacun de nous a apprêté, et le donne à notre » maître. Derniérement, n'avais - je pas pétri ce

gâteau de Pyle, et n'a-t-il pas si bien fait qu'il » me l'a escamoté et l'a servi au vieillard ? » Ici les rires et les applaudissemens redoublent. C'est bien pis quand le paphlagonien , le corroyeur , vient à paraître. Cléon, Cléon, tout le monde répete : Cléon.

- Qui ? Cléon ? ce général qui vous a rendu un si grand service en prenant

l'île de Sphactérie, et délivrant votre garnison assiégée

[ocr errors]

dans Pyle? - Oui, c'est lui. — En vérité, vous traitez fort bien vos poëtes et vos généraux. J'écoute pourtant jusqu'à la fin, et toujours sans rien comprendre. Tout est aussi obscur, aussi indéchiffrable pour moi que le commencement. C'est une suite de farces grotesques, où tout le monde paraît entendre finesse, et qui sont pour moi un mystere impénétrable. L'esclave paphlagonien s'enivre, et s'endort sur un cuir : pendant son sommeil, on lui dérobe subtilement ses oracles ; car c'est un charlatan qui en a toujours ses poches pleines. Ces oracles disent qu'un chaircuitier remplacerą le corroyeur; Il rię manque pas de s'en présenter un, avec une boutique portative, où il étale des viandes cuites. Demosthene et Nicias lui persuadent qu'il est appelé par le ciel à gouverner le peuple Pnycéen. Il a d'abord quelque peine à le croire; mais enfin il se rend , et commence une lutte de charlatan avec le paphlagonien, disputant à qui saura mieux amadouer le vieillard. Cette lutte de bouffonnerie dure pendant trois actes, jusqu'à ce que le chaircuitier l'emporte sạr le corroyeur , et le fasse chasser. Alors je prie mon voisin de vouloir bien avoir pitié d'un pauvre étranger , et de m'expliquer charitablement ce que signifie çe singulier spectacle, où je n'ai pas trouvé le mot pour rire. -- Rien n'est plus simple, dit-il, et je vais vous mettre au fait.

« AnteriorContinuar »