Imagens da página
PDF
ePub

tout ce qui avait une existence honnête, jusqu'à ce qu'il ne restât dans Paris que tous les bandits et bourreaux chargés de toutes les dépouilles de toutes les victimes ; car cette opération devant étre la dernière, elle devait aussi être complète ; et il convenait à Babæuf et aux siens d'achever le supplément au Code de la Nature, de manière qu'il ne manquât rien ni à l'un ni à l'autre.

SECTION VII.

Vie de Sénéque.

J'aurai peu de chose à dire de cet ouvrage, lont j'ai tiré ailleurs ? tout ce qui concernait Sénèque, mais qui pourtant ne doit pas être omis ici pour ce qui concerne la doctrine de Diderot, qui ne saurait être trop connue, parce qu'elle ne saurait être trop détestée. C'est partout le même fonds de perversité : il n'y a guère de différence que de l'artifice à l'audace, selon qu'il croit devoir se montrer ou se cacher plus ou moins.

« A parler proprement; il n'y a qu'un devoir, » c'est d'être heureux : il n'y a qu'une vertu , c'est » la justice. »

C'est parler très - improprement, car le bon

* Voyez la partie des Anciens, article Sénèque, tome VI, page 212, seconde partie.

.

heur est un besoin, et non pas un devoir. Le devoir dépend essentiellement de notre volonté, et le bonheur n'en dépend pas. Que serait-ce qu'un devoir qu'il ne serait pas en nous de remplir? C'est une absurdité. Est-ce de bonne foi qu'un homme instruit, qu’un homme d'esprit a pu étre si absurde? Non; c'est parce que, dans la réalité, il ne reconnaissait point de devoir moral, qu'il a qualifié de devoir le væu naturel du bien-être dans chaque individu, vou qui n'est légitimé que par les moyens, précisément parce qu'il est le même dans tous. Diderot avait juré une guerre mortelle à l'homme moral, comme Voltaire à l'homme religieux. Je n'accuse pas légèrement; l'ouvrage qui va passer devant nous après celui-ci ' vous en osfrira la preuve textuelle : l'auteur y a parlé plus ouvertement que partout ailleurs, parce que l'écrit ne devait paraître qu'après sa mort. C'est la première partie de son Testament philosophique; ct la seconde est dans Jacques le Fataliste, autre écrit posthume : el le tout a été soigneusement recueilli. Dans le dernier de ces deux ouvrages, la fatalité exclut toute idée de délit; dans le premier, tout ce qui est de l'homme naturel étant bon, l'homme moral est anéanti, et anéanti expressément, dans les mêmes termes que je rap

Cet article , qui devait former la section VIII, n'existe pas.

P

porte ici. Tel est le résumé de toute la philosophie de Diderot, et il n'est pas difficile à saisir : il n'y a pas lieu au reproche d'obscurité qu'on a fait si souvent à sa métaphysique; il a du moins été parfaitement clair dans son immoralité.

Comme rien n'est plus juste que d'expliquer un auteur par lui-même, et les passages particuliers par le système général, vous devez apercevoir à présent ce qu'il a voulu dire par cette se conde proposition, faite pour couvrir la première: « Il n'y a qu'une vertu, c'est la justice. » Vous comprenez que, si ces mots avaient chez lui leur acception propre, il serait impossible de concilier les deux propositions qu'il'a réunies; car, s'il n'y a qu'un devoir, celui d'étre heureux , quand mon bonheur sera , comme il arrive si souvent, en concurrence avec celui d'autrui, il sera curieux de savoir comment je remplirai mon unique devoir en pratiquant cette unique vertu, la justice, qui certainement me défend de faire aucun mal à autrui, de faire mon bien aux dépens du sien, du moins selon la morale universelle. Il est impossible de se tirer de cette contradiction, à moins de dire, comme les stoïciens, que le bonheur est dans le devoir même; et Diderot en est si loin, qu'il dit tout le contraire, puisqu'il met le devoir clans le bonheur, ce qui est précisément la proposition contradictoire de celle de Zénon. Mais tout devient très-simple et très-intelligible dès

du sisait vrai de plus aht; il ne

que la justice et la vertu consistent à remplir le seul devoir de l'homme naturel, celui d'étre heureux; et c'est le sens des paroles de Diderot, ou elles n'en ont pas.

« Il n'y a pas de science plus évidente et plus » simple que la morale pour l'ignorant; il n'y en » a pas de plus épineuse et de plus absurde pour » le savant. » Il disait vrai, mais dans un sens bien éloigné du sien. Il voulait dire que ce qui paraît certain à l'ignorant , qui s'en rapporte tout bonnement à sa conscience, est tout au moins fort problématique pour le savant. Mais ce qui est vrai, c'est que cette conscience, le seul livre des ignorans, vaut infiniment mieux que tous les livres où les savans ont mis en problème ce qui est écrit dans celui-là. Ce sont eux qui l'ont obscurci et défiguré cent fois plus que ne pouvaient faire nos mauvais penchans. Ce livre, toujours ouvert pour l'homme de bien, est souvent fermé pour le méchant, qui peut encore le rouvrir. Nos philosophes seuls, ces savans dont parle Diderot, ont été bien plus loin ; ils ont voulu déchirer le livre, ou tout au moins l'effacer.

« Dans Athènes, j'aurais pris la robe d’Aris» tote, celle de Platon, ou endossé le froc de » Diogène. »

Vous auriez pris plus aisément la robe de Platon et d'Aristote que leur génie; et vous n'eussiez jamais pris le froc de Diogène, ni habité dans

SC

son tonneau. Vous croyez qu'il ne fallait pour cela que de l'orgueil; vous vous trompez : il fallait une espèce de force, très-mal entendue, il est vrai, mais qu’un philosophe de Paris n'a pas.

Et ce qu'il y a ici de plus plaisant c'est qu'au feuillet suivant , cet homme, qui sait si bien ce qu'il aurait été à Athènes, ne sait plus même ce qu'il est à Paris. Il dit en propres termes : Moi qui n'ai pas l'honneur d'étre augure ni philosophe. Et à chaque page de ce livre, et dans tous ceux où il a parlé de lui, le mot philosophe est le synonyme de l'auteur, est son éloge ou son apologie.

Pour nous persuader qu'il ne faut juger un ministre de Néron ni par les règles de la morale ni par celles de la religion, il s'écrie dans un accès de gaieté : « Il faut convenir qu'à côté d'un Tibère, » c'est un plaisant personnage à supposer, u'un » casuiste de Sorbonne. »

Je conçois que dans ce poste un philosophe de sa trempe lui paraîtrait beaucoup moins déplacé que le sorbonniste, et c'est tant mieux pour la Sorbonne, et tant pis pour la philosophie.

«Il y a peut-être encore des princes dissolus et » méchans. Je voudrais bien savoir quel est celui

» d'entre les ministres du Très-Haut qui oserait · » leur porter des remontrances qu'ils n'auraient

» point appelées... Exigera-t-on plus du philo» sophe païen que du prélat chrétien ?»

« AnteriorContinuar »