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»toire ecclésiastique ? Voilà les faits de la reli» gion, et l'objet de ce qu'on appelle théologie » positive , sans laquelle il n'y eut jamais que de » vains et dangereux raisonnemens. Je ne parle » donc ici que de la religion révélée : l'histoire des » fausses religions et des hérésies en est, à la vé» rité, un accessoire', mais qui dépend de la mo» rale, puisque c'est l'histoire, non de Dieu , mais >> des hommes.... Il ne peut y avoir de théorie et » plus sûre et plus nette que celle de la religion, » puisque les faits qui lui servent de base sont déw cidés et authentiques : il n'est point d'ignorance » plus honteuse que celle de la vraie théologie, » puisqu'il n'est point de science plus importante » et plus aisée à apprendre. »

Diderot ajoute, avec non moins de raison, que s'il y a tant d'obscurités et de disputes dans cette étude, c'est que l'on confond la scolastique avec la théologie véritable, qui a trois parties, celle de l'histoire, ou la théologie positive; celle du dogme, ou la théologie dogmatique, qui ne peut être qu’une logique saine, appliquée aux faits de la religion; celle de la morale, qui se réduit à une seule et grande règle, la conformité de nos volontés à celle de Dieu, et qui n'est qu'un déve

? Il convenait d'ajouter dans l'ordre spirituel, car les faits de l'ordre temporel sont aussi de l'histoire ecclésiastique.

loppement méthodique de la loi de l'Évangile et des ordonnances de l'Eglise universelle.

Tout cela est exact, et il n'est pas indifférent de trouver sous la plume d'un de nos philosophes antagonistes de la religion un exposé si simple et si lumineux de ce qui en fait le fond et la substance, et si différent des caricatures mensongères qu'ils y ont si souvent substituées. Il paraît que Diderot n'avait pas mal profité des études théologiques qu'il avait faites chez les jésuites de Langres, et que ce n'est pas par ignorance de la religion que celui-là s'est tant égaré depuis; ce qu'on ne saurait dire de Voltaire et de la foule des écoliers d'incrédulité qui ont écrit d'après lui: ceux-là paraissent aussi étrangers à la connaissance du christianisme que pourraient l'être des docteurs musulmans.

Diderot en vient à la pratique de la religion, et ses expressions sont celles d'une justice éclairée. Si elles n'étaient pas dans son coeur, comme le dira sans doute la secte philosophiste, tant pis pour lui et pour eux : il ne s'agit ici que de ce qui est sous sa plume. « Également éloigné de la » superstition qui rend imbécile, et du fanatisme » qui rend féroce, la pratique est, pour les paş» teurs, le gouvernement de leur église et l'admi» nistration des sacremens; pour les docteurs, » la prédication et la controverse; pour les béné» ficiers, la prière et la frugalité ; pour tous, la » foi éclairée, la piété solide et la charité univer- » selle. Mais celles-ci sont le principe et la fin, » le fondement et le faîte de l'édifice éternel ; » car, sans elles, Dieu est oublié ou insulté : la » controverse aigrit au lieu de convaincre; le pré» dicateur amuse au lieu de toucher; le confes» seur égare au lieu de diriger ; le bénéficier » scandalise au lieu d'édifier; le pasteur s'endort, » et les brebis étonnées se divisent.... La religion » pe prêche que l'ordre et l'amour, et n'ộte point » la raison, mais elle l'épure et l'ennoblit; elle ne » détruit pas les hommes, mais elle en fait des » saints. La morale humaine n'est point le chris» tianisme, mais elle ne peut le contredire : elle » vient du ciel comme lui. La pratique de la mo» rale, c'est la justice, qui comprend également » la piété et l'humanité, et en elles toutes les » vertus. La piété adore Dieu avec le respect pro» fond d'une faible créature pour le Dieu de l'u» niyers, et la tendre confiance d'un fils honnête » pour son père. »

L'on peut bien dire ici avec Boileau :.

....... Et sur ce point, si sayamment touché,
Desmarets dans Saint-Roch n'aurait pas mieux prèché.

L'auteur commence son plan d'études par la religion. «Ce sera toujours la première leçon et la » leçon de tous les jours. Est-il concevable que »>. jusqu'à présent l'on n'ait pas senti que cela de» yait être?..... N'est-il pas scandaleux que les » jeunes gens parlent si hardiment de la religion, -» dans le monde, et qu'ils en soient si peu in» struits ?.... L'on commencera par faire apprena » dre aux enfans le petit Catéchisme de Fleury : » il est vraiment substantiel, au-dessus de tout » éloge, et fait exprès pour mon plan. C'est à de » tels hommes qu'il convient de faire de petits » abrégés; mais s'il était permis de toucher à un » ouvrage si précieux, on ajouterait à la partie » historique trois ou quatre leçons sur les conciles » et les pères, et autant à la partie dogmatique sur » la grâce, les abstinences et les fêtes. ». · Ce passage mérite quelques réflexions. Il y a quelque chose de vrai dans ce que l'on dit ici de l'enseignement de la religion dans les colléges, quoique le reproche de négligence et d'oubli ne soit nullement fondé. Je passe sur ce qu'il propose d'ajouter au Catéchisme de Fleury, dont il fait d'ailleurs un juste éloge: mais il oublie qu'il est encore à la première classe, celle de huit à neuf ans; et que la grâce, les conciles et les pères sont au-dessus de cet âge. Il n'a que trop raison sur l'ignorance trop commune de la religion, et sur la confiance vraiment ridicule des jeunes gens qui en parlent d'un ton que leur âge ne rend que plus indécent, loin de lé rendre plus excusable. Ils en rougiraient, s'ils étaient seulement capables de se rappeler le nom des hommes qui ont respecté ce

. DE L ÉDUCATION. 141 qu'ils méprisent; mais le plus grand mal, c'est que leur présomption n'est, en effet, que de l'ignorance, au point que, si on leur demandait de nous dire sérieusement ce que c'est que cette religion dont ils se moquent; la plupart, en se hasardant à répondre, risqueraient de dire une sottise à chaque mot. Cependant ce n'était ni faute de zèle ni faute de leçons que cette étude n'avait pas dans les écoles publiques tout l'effet qu'elle devait avoir, et que souvent on en remportait si peu de chose pour le reste de la vie. Sans compter l'observance régulière des devoirs et des offices religieux, il y 'avait (je suis obligé de dire il y avait , puisque vous savez que, si les colléges subsistent encore comme édifices, ils ne subsistent plus comme écoles), il y avait chaque semaine un catéchisme proportionné aux différens âges, et cela était en soi-même suffisant. Voici , je pense , ce qui manquait pour la suite, et ce qui, je l'espère, sera un jour suppléé. On ne s'est pas assez aperçu que la religion n'était pas pour les enfans (comme, en effet, elle ne pouvait pas l'être ) un objet d'étude, mais seulement de mémoire ; une croyance apprise, et non pas expliquée. Tout ce qu'on peut faire jusqu'à quinze ans, c'est de leur apprendre leur foi, et de tourner, autant qu'il est possible, la pratique en habitude, et le respect en amour; et c'est ce que généralement on tâchait de faire. Mais qu'arrivait-il? A peine hors des classes,

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